De l'importance de préserver la culture millénaire et non-violente du Tibet
On dit souvent qu'il est important de préserver le patrimoine culturel - du Tibet, de la France ou d'un autre pays. On en ressent instinctivement la nécessité, et cela semble si évident qu'on en oublie de se demander pourquoi et pour quoi il vaudrait mieux agir en ce sens. Alors, pourquoi s'efforcer de sauvegarder une culture, par exemple la culture tibétaine ? Il me semble - mais ce n'est qu'une opinion personnelle - qu'un peuple existe avant tout par sa culture et au travers d'elle - les critères ethniques et raciaux sont plus visibles, mais sont-ils vraiment prédominants ? La langue, notamment, est un ciment imparable. Vous le savez bien vous les Français, qui avez prôné au début du siècle l'apprentissage de la langue nationale, de préférence aux dialectes régionaux ; et cela a marché ! La religion est bien sûr aussi fondamentale car elle façonne le mode de pensée et fournit les valeurs et les idéaux communs.
Quoi de plus important que cela ? Autrement dit, que les Tibétains en tant que peuple survivent dépendra du maintien de cette culture riche, profonde et chaleureuse, qui constitue leur spécificité. Et ses caractères d'humanisme et de haute spiritualité font qu'elle n'est pas précieuse pour les seuls Tibétains, mais pour tous les hommes du monde entier. En vue de quoi les préserver ? Pour contribuer à l'épanouissement et au bonheur de chacun et donc de tous. Vous savez sans doute que la culture tibétaine s'est intimement pénétrée de la pensée bouddhiste depuis le VIIème siècle. Or, si le Bouddha n'est pas un prophète (ni du reste un Dieu) et n'a pas proclamé de révélations, il a expliqué par le menu des méthodes pragmatiques pour surmonter les problèmes et les souffrances, et accéder au bonheur grâce à la maîtrise de soi.

Le Tibet se démarque des autres pays bouddhistes par le fait d'avoir importer et surtout conservé la plupart de ces précieux conseils, qui ne pourraient qu'être utiles à tous ceux qui en prendraient connaissance. Certes, les Tibétains ne peuvent guère se glorifier de découvertes techniques ou scientifiques. C'est qu'ils ont fait porter leur intérêt sur le progrès intérieur, et sur ce plan c'est un inestimable trésor qu'ils apportent comme contribution au patrimoine universel. D'où l'importance de les aider à maintenir leur savoir et leur savoir-faire. Seuls, ils sont démunis : ils sont trop peu nombreux (quatre à six millions d'individus seulement). Ils n'ont pas de force économique, encore moins militaire - du reste, ils sont non-violents, et ne jurent que d'amour altruiste, de compassion et de sagesse. Ils se sentent pourtant investis d'une énorme responsabilité. Ce qu'ils ont reçu de leurs aînés, il faut qu'ils le transmettent. Si leur lignée culturelle, et donc spirituelle, s'interrompait maintenant, ce serait une catastrophe, et pas seulement pour le peuple tibétain. Elle a tant à enseigner, ne serait-ce que le respect de la nature, le respect de l'environnement - sujet ô combien d'actualité…

Dagpo Rimpotché

Dagpo Rimpotché, né au Tibet en 1932, vit à Paris depuis près de quarante ans. Il a longtemps enseigné à la Faculté des Langues Orientales. Il est le fondateur d'une congrégation bouddhiste et de l'Institut Guépèle.